Pourquoi a-t-on parfois du mal à se réjouir de bonnes nouvelles ?

Recevoir une bonne nouvelle et ne pas réussir à se réjouir, ça arrive à beaucoup de monde. Ce n’est pas de la mauvaise foi : souvent, notre cerveau et notre histoire personnelle prennent le relais avant que la joie n’ait le temps d’apparaître.

Un premier coupable fréquent, c’est le biais négatif : l’évolution nous a rendu plus sensibles aux risques qu’aux récompenses. Concrètement, le moindre nuage attire plus l’attention que le soleil — pratique pour survivre, moins pour savourer.

Ensuite, il y a la peur de la déception ou le fameux « je n’ose pas y croire » : anticiper une chute évite la surprise douloureuse, mais annule la joie au passage. On peut aussi parler d’anxiété anticipatoire, de rumination ou de pensées automatiques qui sabotent le plaisir.

La santé mentale joue un rôle évident : la dépression et l’anhédonie (incapacité à ressentir du plaisir) réduisent la capacité à se réjouir. De même, l’impostor syndrome ou l’estime de soi faible donne l’impression que la bonne nouvelle n’est « pas pour vous ». Triste, mais fréquent.

Les expériences traumatiques ou l’engourdissement émotionnel sont aussi responsables : après certains chocs, le cerveau met en place des protections qui diminuent les émotions positives pour éviter d’être submergé.

Enfin, le contexte social et culturel compte : dans certains milieux, afficher sa joie peut sembler déplacé ou risqué (jalousie, comparaison sociale). On apprend alors à minimiser ou à retenir son enthousiasme.

Ce qui se passe dans le corps et l’esprit

Sur le plan biologique, l’amygdale (centre de l’émotion) et le système de stress (cortisol, adrénaline) favorisent la vigilance face au danger plutôt que l’enthousiasme. Les réseaux neuronaux liés à la récompense (dopamine) peuvent être atténués par le stress chronique ou la fatigue.

Sur le plan cognitif, des distorsions (ex : tout ou rien, minimisation des succès) transforment une bonne nouvelle en information neutre ou menaçante. Résultat : la réaction émotionnelle attendue est absente ou retardée.

Pour approfondir le mécanisme du biais négatif et ses effets, des articles de santé mentale expliquent clairement ces phénomènes, par exemple sur Harvard Health. Pour les liens avec la santé mentale et les ressources d’aide, voyez aussi le site du NHS.

Comment (ré)apprendre à se réjouir : stratégies concrètes

1) Savourer intentionnellement : arrêtez-vous quelques secondes quand une bonne nouvelle arrive. Respirez, nommez l’émotion (« je ressens de la joie ») et décrivez-la brièvement. La mise en mots renforce l’émotion.

2) Micro-rituels : partager la nouvelle, lever un toast, écrire deux lignes dans un carnet de gratitude. Ces actions ancrent le plaisir et contrecarrent la fuite émotionnelle.

3) Re-cadrage cognitif : identifiez les pensées sabotantes (« ce n’est pas pour moi », « ça ne durera pas ») et testez-les objectivement. Demandez : quelles preuves ai-je ? Quelle interprétation alternative existe ?

4) Exposition progressive : si la joie vous effraie (peur du jugement, du changement), autorisez-vous de petites doses de célébration et augmentez-les progressivement.

5) Soins fondamentaux : sommeil suffisant, gestion du stress, activité physique et relations soutenantes restaurent les circuits de la récompense.

6) Si l’incapacité à ressentir du plaisir est persistante, consultez : un professionnel de santé mentale peut proposer thérapies (TCC, EMDR, etc.) ou évaluations médicales adaptées.

En résumé : il n’y a rien d’anormal à ne pas sauter de joie immédiatement. Parfois, c’est une protection, parfois une conséquence de l’histoire ou du stress. Avec quelques gestes simples — nommer, savourer, partager — et l’aide appropriée si besoin, on peut retrouver progressivement la capacité à se réjouir.

Christophe Duhamel

Diplômé en informatique et en marketing, Christophe Duhamel est co-fondateur de Marmiton  et passionné de cuisine et de nutrition. Entrepreneur et manager expérimenté, il répond à de nombreuses questions pratiques, techniques, culinaires et sur bien d’autres sujets.

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